Tais-Toi Donc !

Le Blog de Shotaro

19 mars 2010

_ Comment ça un couple ? S’insurgea Cameron.

Etienne rit intérieurement, la jeune femme si sérieuse à la télévision et dans son travail était tellement transparente quand il s’agissait de sentiments et particulièrement les siens. Il décida d’en rajouter une couche.

_ Eh bien vous êtes bien un couple, n’est-ce pas ?

_ Mais pas du tout ! Je pensais que vous l’aviez compris, Etienne, enfin !

_ Laissez-moi finir, voyons ! Un couple dans le travail, vous la journaliste et vous, David, son technicien, bref ! Un couple. Ou alors peut-être préférez-vous le terme de binôme, Cameron ? Répondit Etienne l’oeil malicieux.

Cameron croisa les bras nerveusement en faisant la moue ; Elle s’était faite avoir encore une fois par ce vieux grigou ! David lui, avait le sourire aux lèvres et secouait la tête, impressionné de la manière dont Etienne réussissait à manipuler Cameron qui n’était pourtant pas née de la dernière pluie et savait normalement déjouer avec maestria ce genre de piège quand elle se trouvait face à un homme politique.

_ Que diriez-vous de passer à table, les enfants ? Déclara Etienne.

_ On vous suit, Etienne, s’enthousiasma David

_ Mais c’est incroyable ! Toi dès qu’il s’agit de bouffe, t’es intenable, je ne comprends pas comment tu ne grossis pas ! S’écria Cameron.

_ Ah ! Pour ça ! J’ai toujours été chanceux, je peux manger tout ce que je veux et je ne prends pas un gramme, ma chère !

_ Bah ! C’est dégueulasse !

Les deux hommes éclatèrent de rire face à la réaction typiquement féminine de la jeune femme. Ils allèrent s’installer à la table et Etienne après avoir bataillé avec Cameron pour que celle-ci accepte d’aller s’asseoir sans apporter son aide, passa en cuisine et ramena des plateaux chargés de canapés frais. Ce soir le repas serait un apéritif dînatoire, Etienne avait préparé tout ça le matin afin que cela se rafraîchisse suffisamment dans le réfrigérateur tout au long de la journée.

_ Je me pose une question d’ordre pratique, Etienne, demanda David.

_ Je vous écoute, mon cher.

_ Nous sommes au milieu de nulle part, en plein désert, Negra Agua tient plus du village qu’autre chose, comment vous approvisionnez-vous pour nous servir de tels repas princiers ?

_C’est une bonne question, ça, David, tu pourrais être un journaliste, finalement, se moqua Cameron.

_ Eh bien, je me fournis beaucoup dans mon jardin, à l’arrière de la maison, fit Etienne.

_ Je n’accepte pas cette réponse, déclara le caméraman avec un sourire, car dans ce cas là, une autre question me vient à l’esprit en prise directe avec la première, où trouvez-vous l’eau pour faire pousser vos légumes ? Sans compter que je ne connais pas d’arbre faisant pousser des bouteilles de whisky…

_ Ahahah ! Vous êtes redoutable, jeune homme ! S’esclaffa le vieux libraire.

Cameron regardait son camarade, elle était réellement impressionnée, il cachait bien son jeu. Dans le milieu des médias télévisés, c’était en tout cas celui qu’elle connaissait le mieux, les techniciens étaient rarement reconnus à leur juste valeur par les journalistes. Ils étaient peu considérés, juste bons à tenir une perche pour le son ou une camera pour l’image. De plus, les journalistes avaient souvent un égo surdimensionné, eux étant les stars et les techniciens les sous-fifres qu’ils devaient supporter s’ils voulaient être filmés. Cameron pour sa part avait toujours été très respectueuse envers ses techniciens, elle essayait toujours d’installer une bonne ambiance dans l’équipe afin qu’il n’y ait pas de conflit permanent et que le travail soit bien fait. Elle travaillait avec David depuis un peu plus d’un an et elle s’était tout de suite bien entendue avec lui. Il faut dire que David avait un bon caractère, il était toujours d’humeur égale, jamais un mot plus haut que l’autre, il connaissait parfaitement son métier et savait se faire discret pour palier aux problèmes qui pouvaient survenir pendant un direct sur le terrain. Bref ! Il était, tout comme elle, totalement investit dans la réalisation d’un bon reportage, elle pour la ligne éditoriale, lui pour tout l’aspect technique. Ils formaient une bonne équipe professionnelle. Elle se rendait compte aujourd’hui qu’au-delà de son savoir faire technique, David avait aussi une fibre journalistique et une capacité d’analyse intéressante et la question qu’il venait de poser à Etienne en était un exemple flagrant. Pourtant elle était persuadée qu’il préférait s’occuper de ses caméras et micros plutôt que d’embrasser une carrière de journaliste, en étant technicien de terrain, il jouait sur les deux tableaux, il tripotait ses gadgets électroniques et il vivait les reportages par procuration auprès du journaliste qu’il assistait. Maintenant qu’elle y pensait, avec son air de ne pas y toucher, il avait déjà suggéré de bons angles d’attaque sur les sujets qu’ils avaient réalisé ensemble. Il avait suffisamment de psychologie pour ne jamais imposer son choix, il proposait ceci ou cela mais laissait l’entière décision finale à Cameron. Après tout, lui n’était pas dans la lumière et s’il se plantait, ça n’aurait aucune incidence pour son image. Il en était tout autrement pour Cameron, elle était en première ligne et même si elle avait toute latitude pour la ligne éditoriale des sujets qu’elle faisait, le point de vue extérieur de David lui était important, il avait le recul suffisant pour suggérer sa vision des choses de manière objective et son regard était d’autant plus important qu’il connaissait le milieu du journalisme puisqu’il y trainait ses guêtres depuis plus de dix ans. Cameron posa les coudes sur la table et le menton sur ses doigts croisés en regardant Etienne avec un sourire. Le vieil homme observa tour à tour la journaliste et le technicien puis déclara avec un sourire :

_ Oh ! Mais je vois ! Je vois ! C’est un complot !

Les jeunes gens ne bronchèrent pas et restèrent à regarder Etienne, un sourire imprimé sur leur visage, David avait d’ailleurs pris la même position que Cameron.

_ Haha ! Vous êtes impayables vous deux, vous allez bien ensemble, tiens ! Quelle fine équipe ! Eh bien je vais vous répondre, vous avez gagné !

Le vieil homme remonta la manche de chemise sur son bras droit et le présenta sous le nez des deux jeunes gens. Ils découvrirent un petit tatouage circulaire dans lequel étaient inscrits des signes en spirale.

_ Un Signe ! s’écria Cameron.

_ Eh oui, un Signe ! Un cadeau de ma fille pour je cite « que tu ne manques de rien, Papa ».

_ Ca fonctionne comment ? demanda Cameron toute excitée. David lui restait bouche bée devant le bras du vieux libraire, c’était la première fois qu’il voyait un signe transféré sur un hôte à la base non Magicien.

_ Eh bien… Célia m’a appris à me concentrer pour activer ce sceau, il crée une copie de lui-même au sol ensuite, je me positionne au milieu, je n’ai plus qu’à énoncer ce que je souhaite et cela apparait.

_ C’est… c’est tout ? Lâcha Cameron un peu dépitée.

_ Eh bien oui ma chère ! C’est Célia la Magicienne, pas moi ! Mais vous verrez dans mes prochains récits que ce petit Signe sur mon bras n’est qu’une broutille par rapport aux pouvoirs qu’elle a déjà pu me donner que je sois consentant ou pas.

_ Vous me mettez l’eau à la bouche, Etienne s’exclama David.

_ Mais dites-moi les enfants, que diriez vous si nous y retournions ? C’est dingue ça ! C’est moi qui dois vous rappeler le planning ! Plaisanta Etienne.

_ Vous avez parfaitement raison, Etienne ! David ! A tes micros ! Etienne sur votre fauteuil ! Et moi… Eh bien, moi dans mon fauteuil aussi ! Allé hop ! dit Cameron en se levant et en mettant les verres du repas dans les plateaux ayant contenu les petits canapés avant qu’Etienne n’ait pu esquisser un geste. Les deux hommes se regardèrent et se levèrent de concert pour rejoindre leur place assignée, inutile de contredire la demoiselle.

  • Shotaro (384)
  • Postez un Commentaire