Tais-Toi Donc !

Le Blog de Shotaro

2 mars 2010

Comme en photo et en cinéma le point de vue que vous choisissez de représenter dans vos cases transmet des informations au lecteur. Il y a trois points de vue généraux et je vous propose de les lister ici et de vous expliquer les informations qu’ils peuvent traduire et transmettre au lecteur par rapport aux mots écrits dans le scénario.

A Hauteur des Yeux

Image issue de Flickr (License CC)

C’est le point de vue le plus fréquent car il est en même temps le plus neutre. Il ne transmet pas véritablement de sensation ou de sentiment. On peut l’expliquer par le fait que dans la vie de tous les jours on voit tout ce qui nous entoure à hauteur d’œil et pour cause puisque nous nous tenons sur nos jambes pour apprécier, voir et agir sur notre environnement. C’est le point de vue que vous utiliserez le plus souvent pour raconter votre histoire quand l’action représentée ne nécessitera pas l’emploi des deux autres points de vue disponibles. Je vous rassure toutefois, il y a d’autres techniques à utiliser avec ce point de vue pour faire passer des sentiments, des effets etc. ce sont les cadrages qui sont abordés dans un autre article de cette section.

Plongée

Issue de Getty Image (Libre de droits)

La plongée est un angle de vue qui vous permet de dramatiser votre mise en scène. Elle met votre sujet en danger lorsqu’il s’agit d’un personnage et rend menaçant, dangereux un décor. Ainsi, si dans un scénario votre personnage se retrouve dans une situation dangereuse ou si il est en position de faiblesse, user de la vue en plongée vous permet de traduire cet état de fait sans avoir besoin de développer les explications sur des cases et des cases qui flinguerait le rythme de votre narration. Le personnage est écrasé par la perspective, il « rapetisse » si on peut dire, le lecteur le domine aussi du même fait et il apparaît petit faible et fragile. On peut insinuer la peur pour le personnage au lecteur et celui-ci s’y identifiant, sera en haleine de savoir ce qui va se passer par la suite.
Avec l’exemple proposé au-dessus, non seulement on comprend bien que le jeune homme est mal en point puisqu’il est dans un lit d’hôpital, mais on participe à la détresse des parents induite par le point de vue en plongée sur la scène, on les fragilise et donc la peine et la peur qu’ils semblent éprouver en sont renforcées afin d’impressionner le lecteur.

Contre-Plongée

Issue de Flickr (License CC)

La contre-plongée donne exactement le contraire de ce qu’inspire la plongée. Avec ce genre de point de vue on veut insister sur la puissance, la maîtrise du personnage, la majesté d’un paysage grandiose, la solidité, la robustesse d’un bâtiment. Quand le héros maîtrise son environnement dans le scénario, qu’il est en confiance et en sécurité, on peut user du point de vue en contre-plongée. Ces sentiments sont induits par le fait qu’avec ce point de vue c’est comme si on mettait le personnage sur un piédestal, un podium. Pour un bâtiment ou un décor on souligne son gigantisme, on augmente sa présence dans l’image. Et ce point de vue, au contraire de la plongée qui écrasait les perspectives, lui les augmentent. Quand on voit quelque chose (ou quelqu’un) en contre-plongée on l’imagine plus grand (et donc plus fort) qu’il ne l’est en réalité.
Le jeune homme de la photo n’est pas Conan ou un super-héros, pourtant il en impose, il a un charisme certain (au-delà du fait de considérations purement esthétiques), il en imposerait moins avec une photo prise à hauteur des yeux et encore moins en plongée. On le sent confiant et serein.

Conclusion

Les points de vue employés dans vos cases traduiront donc d’eux-même des sentiments, des ambiances c’est pour cela qu’il ne faut pas les employer à tort et à travers en se disant « Tiens, je vais varier un peu le bouzin en faisant une plongée à la prochaine case… ». Les points de vue employés doivent être réfléchis afin de rendre fidèlement le scénario et totalement le servir. Et ça sera le cas pour tout l’arsenal narratif que je vous exposerai dans cette section, ça doit servir l’histoire. Ces points de vue vous serviront à imprimer des non-dits au sein de votre BD, non dits par le graphisme ou le texte lui-même mais exprimé dans le scénario ou dans le déroulement de l’histoire.

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