_ Oh ! C’est vrai que cette affaire m’a bien aidé dans ma carrière, fit Cameron un peu gênée.
_ Vous êtes trop modeste, Cameron, cette affaire ne vous a pas aidé, c’est votre travail précis et intègre qui vous a aidé, voyons ! S’écria Étienne J’aime les gens de votre trempe, qui n’ont pas peur de se mettre en danger autant dans leur carrière que physiquement car ce Morisson était loin d’être un saint. J’ai lu avec beaucoup d’attention tout votre dossier sur le site de CNN et c’était brillant.
_ Je vous remercie, Étienne, dit Cameron avec une petite voix étreinte par la gêne.
_ Ne sois pas modeste, Cammy, c’est vrai que ça a été un scoop incroyable, non seulement t’as fait tomber cette ordure de Morisson, mais t’as fait bien mal aux Russes et aux Italiens ! Remarqua David
_ Ce qu’il faut savoir c’est que le chef de la police m’a bien aidé pour le coup. Vous vous doutez bien que si j’avais donné un coup de pied dans la fourmilière de la mafia russe et italienne sans prendre de précautions, je ne serais certainement plus ici à deviser avec vous. Il a rencontré les parrains et a passé un deal avec eux, ils ont accepté de faire tomber quelques têtes à conditions qu’ils ne soient pas inquiété personnellement. Ça les a même arrangé car ils ont pu re-découper les quartiers sur lesquels ils avaient chacun la main mise sans déclencher une guerre mafieuse et donc, sans verser une goutte de sang. J’ai eu beaucoup de chance au final !
_ Vous avez eu de la chance peut-être, mais vous avez surtout négocier tout ceci avec beaucoup d’intelligence, miss, nota Étienne
_ Alors c’est à cause de cette vieille affaire que vous avez décidé de m’accorder cette interview, Étienne ? Demanda la jeune journaliste.
_ Oui, en partie, votre intégrité m’a séduite, c’est un fait, mais c’est aussi, comme je vous l’ai déjà dit, parce que vous ressemblez à ma fille, Cameron.
Cameron tressaillit aux mots du vieil homme, il n’allait quand même pas dire qu’elle était une Magicienne dans la conversation, comme ça, naturellement ? Elle jeta un œil à David, dont le visage affichait un air interrogatif et comme Cameron le craignait, il déclara :
_ Vous trouvez vraiment que Cameron et Célia se ressemblent, Étienne ? Célia est aussi blonde que Cameron est br…
_ Ah ! Mais des fois, t’es bas de plafond, toi, fit Cameron en donnant un coup de poing dans l’épaule de David, Étienne veut parler de notre caractère, n’est-ce-pas ?
_ Oui ! Oui… Bien sûr, répondit Étienne avec un sourire barrant son visage
Cameron fit les gros yeux à Étienne et lui ne répondit rien, il gardait son sourire au lèvres et sirota son whisky, l’œil toujours rieur. Étienne se leva et s’affaira en cuisine afin de finir de préparer le repas, il avait concocté un chili con carné avec des piments provenant directement du jardin. Il fit chauffer de l’eau dans un gros faitout pour faire cuire du riz, en ajoutant des condiments dans l’eau afin de lui donner du goût. Cameron proposa son aide à Étienne mais comme à son habitude il la refusa, cela n’empêcha pas la jeune femme de commencer à faire la vaisselle de tout ce qui ne servirait plus, coupant court au protestations du vieux monsieur. David, lui, était retourné voir son matériel et vérifia à nouveau les batteries et entreprit d’aller en chercher de nouvelles dans la fourgonnette garée devant la maison. Quand il sortit la chaleur lui tomba sur les épaules comme un sac de ciment. Le soleil était haut dans un ciel sans nuage et dispensait une chaleur sèche, implacable, la température devait flirter joyeusement avec les quarante degrés. Il observa le paysage depuis le perron de la petite bicoque d’Étienne, tout autour de la maison ce n’était que le désert, quelques cactus ça et là brisait la monotonie de cet horizon plat. Le temps était clair et on pouvait voir très loin. David se demandait si Étienne n’avait pas choisi délibérément ce site afin d’être averti très tôt d’éventuels visiteurs. Il avait du voir arriver les journalistes de très loin, il avait même du voir le nuage de poussière soulevé par le véhicule bien avant de le distinguer. Étienne avait certes un air bonhomme mais il ne fallait pas oublier qu’il était Étienne Florentin, le compagnon et qui plus est, le père de Célia, La Magicienne de Légende et qu’en conséquence, il était aussi un artisan de cette légende. Ça ne se résumait pas à accompagner sa fille sur les différents théâtres où elle avait pu intervenir, il avait eu un rôle stratégique primordial, il lui avait sauvé la mise plus d’une fois grâce à sa sagesse, son génie tactique et aussi son caractère naturel posé et calme. Une fois le choc calorifique passé, il descendit les quelques marches en direction de l’utilitaire Ford afin de récupérer quelques batteries d’avance. Quand il ouvrit la porte coulissante il fut agressé par une bouffée brûlante émanant de l’intérieur du véhicule, la camionnette était chauffée à blanc et l’intérieur tenait plus du four que de la régie mobile qu’elle était censée être. Il grimpa à l’intérieur et se dépêcha d’ouvrir un gros flight case où était entreposé ce qu’il convoitait. Au moment de redescendre son attention fut attiré par une diode qui clignotait sur un des panneaux de l’attirail de régie qui tapissait le fond du van. C’était le témoin UHF (UltraHigh Frequency, système de transmission de données en ultra haute fréquence, principalement de la vidéo). Il était resté allumé depuis tout ce temps ! Heureusement qu’ils n’étaient pas en ville, leur interview aurait pu être facilement piratée si quelqu’un avait réussi à attraper le flux UHF entre les micros et caméras et la régie du van. Il allait éteindre le récepteur quand sa main dévia et mis le moniteur en route, une soudaine curiosité le piqua et il se demandait ce que pouvait bien se raconter sa collègue et le vieillard. Quand il mit le haut-parleur en route il entendit faiblement la conversation qu’avaient Étienne et Cameron car ils devaient se trouver dans la cuisine et les réglages effectués par David sur les micros étaient pour le plateau de télévision. Il poussa le volume et entendit clairement la conversation de l’homme et la jeune femme.
_ …ne comprends pas votre comportement, Cameron.
_ C’est juste que… Enfin, comprenez-moi, je veux être respectée et reconnue pour mon travail et non pas vue au sein de la rédaction comme une Magicienne…
_ Je comprends ça. Mais aujourd’hui près de soixante ans après l’apparition des premiers Magiciens cet état de fait est rentré dans les mœurs, non ?
_ Oui, bien sûr, on est loin de ce qui a existé mais ce n’est pas à vous que je vais apprendre que les gens continuent, encore aujourd’hui, de se méfier des personnes comme nous même si je suis d’accord, les mentalités ont grandement évolué et ce, grâce à vous et votre fille. Pour faire simple, je préfère garder ce secret pour moi, c’est plus confortable.
_ Oui… Et David, vous pensez qu’il vous rejetterait s’il venait à savoir que vous êtes une mignonne petite Magicienne ?
_ Non, je ne pense pas… Enfin j’en sais rien…
_ Allons ! Cameron ! Moi je pense que vous avez peur qu’il vous rejette, vous l’aimez bien votre petit cameraman, n’est-ce-pas ? Et s’il ne voyait plus que la Magicienne en vous et plus la femme qu’il apprécie ?
_ Vous êtes un entremetteur, Étienne !
_ Moi ? Vous plaisantez j’espère ! Il n’y a que vous deux pour ne pas comprendre que vous vous plaisez !
David éteignit le récepteur, il avait honte d’avoir espionner cette discussion et en même temps, il était satisfait de l’avoir entendue. Un léger sourire marqua son visage quand il repensa au fait que Cameron pensait qu’il ignorait qu’elle était une Magicienne. Cela faisait au bas mot deux ans qu’il le savait. Il l’avait surprise entrain d’émettre de la la lumière alors qu’elle était dans l’immense salle des archives de CNN entrain de chercher des informations pour un reportage qu’elle réalisait. Cette salle était plutôt mal éclairée, les étagères regroupant les boîtes contenant tout un tas de papiers, de documents, de films, de microfilms s’élevaient si haut qu’elles obturaient l’effet éclairant des néons générant de l’ombre une allée sur deux. Il aurait fallu doubler le nombre de néons afin de rendre cette salle suffisamment claire. Alors que Cameron fouillait une boîte dans une allée sombre elle ne sut pas distinguer ce qui s’y trouvait, se pensant seule,elle se mit a émettre de la lumière au bout des de son index. David avait été intrigué par cette source lumineuse et avait découvert Cameron une sphère lumineuse au bout d’un doigt, elle s’en servait comme lampe torche. Il était fasciné, cette jeune femme était vraiment hors du commun ! Il l’observa longuement, caché derrière une étagère et ne quitta la pièce que bien après son départ.
Plus important néanmoins, David remarqua que Cameron ne s’était pas opposée farouchement aux sous-entendus d’Étienne à propos d’eux et ceci lui fit énormément plaisir, ainsi Mademoiselle La Reporter n’était pas insensible au charme de son caméraman. La jeune femme était tellement toujours sur la défensive que David ne savait pas vraiment comment aborder cette jolie petite furie. Mais Étienne avait raison, à bien y réfléchir, il n’y avait qu’eux pour ne pas voir l’évidence. David sauta hors de la camionnette, il était en sueur, cette petite séance d’espionnage dans ce four sur roue l’avait littéralement déshydraté. Il referma la porte, s’essuya le front avec la manche de son t-shirt et se dirigea vers le perron. Quand il entra, un silence s’installa entre sa collègue et le vieil homme, ça le fit sourire intérieurement mais il ne le releva pas. Il dispatcha les batteries dans les logements de double charge que possédaient ces caméras numériques haute définition professionnelle comme si de rien n’était. La conversation reprit entre Cameron et Étienne à propos du repas qui finissait de cuire puis la jeune femme entreprit de dresser la table. David se joignit à elle. Il n ’échangèrent pas un mot mais beaucoup de regards. Bientôt le trio se retrouva à table et devisèrent gaiement en dégustant le délicieux Chili d’Étienne
La vaisselle faite, le café servi, chacun regagna sa place afin de continuer l’interview, David mit l’installation en branle et donna le top départ. Cameron introduit ce nouvel épisode de quelques mots et Étienne continua son histoire.

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