Salut !
L’histoire de Morgan est une sorte de spin-off de mon roman principal ‘Célia, Le Jour où La Magie s’éveilla’. J’ai écrit l’histoire du jeune Morgan quand j’avais transposé l’univers de Célia dans un forum de RPG, c’était le personnage que je jouais et cela explique également l’écriture particulière de ce texte avec les caractères gras, les pensées des personnages encadrées par des étoiles etc. Ainsi, Morgan évolue dans le même univers que celui décrit dans ‘Célia’ mais 10 ans après. C’est un écrit inachevé et qui ne le restera certainement , autant être clair. Peut-être pourrais-je intégrer son histoire dans le roman principal ? Mais j’en doute. Voici la première partie :
Comme tous les matins, Morgan traînait dans le port de plaisance à proximité du collège Auguste Brizeux où il était scolarisé. Ses cours ne commençaient que dans une heure, mais il était mieux ici, au milieu des bateaux, que chez lui. Les discussions qu’ils pouvaient avoir avec ses parents se résumaient au strict minimum, c’était de plus en plus pesant. Peut-être était-ce dû à ce que l’on appelait la crise d’adolescence, mais il supportait de moins en moins cette situation alors il partait de plus en plus tôt de chez lui préférant flâner dehors.
Il marchait en regardant les bateaux de plaisance qui se balançaient doucement au gré de la faible houle qui régnait dans le port, le temps était humide et froid, le crachin qui tombait depuis la veille au soir lui glaçait les os et rendait l’atmosphère épaisse. Les lampadaires de l’éclairage public qui déversaient littéralement leur lumière orangée sur la scène et le calme ambiant donnaient l’impression à Morgan d’évoluer dans un décor de cinéma. C’était ainsi tous les matins ou presque, il passait de moins en moins de temps chez lui et de plus en plus à flâner, seul, s’évadant par la pensée.
Il s’assit sur une bite d’amarrage et resta là, immobile, prenant tout simplement le temps de vivre, de prendre conscience de ce qui l’entourait, de l’air, de l’eau, de la planète entière, c’était comme ça qu’il s’évadait de son quotidien peu enviable. C’était d’autant plus drôle qu’il se rapproche de la Nature, que lui, en tant que Magicien, était plutôt une exception contre-nature. En tout cas, c’est ce que tout le monde semblait penser.
L’heure du début des cours approchait, il allait devoir laisser la Nature et s’immerger une nouvelle fois dans le monde des Hommes, retrouver tous ces regards suspicieux, ces moqueries de la part des filles et cette oppression permanente. Il lui arrivait fréquemment de se demander si, après tout, ce n’était pas lui qui était un peu trop paranoïaque, mais rapidement une situation de conflit lui rappelait que non.
Il se leva mollement, il avait du mal à quitter la danse sereine des bateaux, puis réajustant son sac sur l’épaule, tourna les talons et se dirigea vers le collège.
A mesure qu’il s’approchait du collège, la foule augmentait. Les voitures des parents qui amenaient leur progéniture encombraient la rue et provoquaient le même embouteillage tous les matins. Morgan slaloma rapidement entre les véhicules et entra dans le collège. Dans la cour les gamins s’égayaient dans tous les sens, ils criaient, couraient, bref! Tout ce qu’il faut pour arriver en classe bien énervés.
Morgan se dirigea directement dans le coin à l’écart où il avait l’habitude de s’asseoir en attendant la sonnerie, que cela soit celle du début des cours comme ce matin, ou celle de la fin de récréation. Il se posa nonchalamment sur les marches d’escalier, le crachin le frigorifiant toujours. La plupart des élèves, eux, se précipitaient sous le préau afin d’échapper à cette pluie glaciale. Alors qu’il observait ses camarades il fut tiré de ses pensées par une voix goguenarde :
« Alors? T’es dans ton seau? Tu trempes?? »
Il leva la tête en direction de la voix et reconnut Elvan Dugast entouré de ses inséparables lieutenants bêtes à manger du foin. Dugast était une petite frappe comme on en a tous connu à l’école. D’habitude Morgan était du genre à éviter les conflits, non pas par lâcheté, mais ça ne l’intéressait tout simplement pas de perdre son temps avec des imbéciles comme Elvan. Mais aujourd’hui, il en avait assez de subir les humiliations de cette grosse brute, il allait le calmer si il était excité.
« _ Qu’est-ce que tu veux Dugast…
_ Oh! Mais l’a pas l’air jouasse le mutant! Hein les gars? »
Gros rires gras trahissant l’intelligence de la part de son public.
« _ J’t'aime pas Salaùn, j’t'ai jamais aimé d’ailleurs…
_ Eh ben t’es pas le seul, prends un ticket. Si c’est tout ce que t’as à dire, lâche-moi et dégage…
_ De quoi? Mais t’es fou toi? Comment tu me parles? T’as envie de bien commencer la journée toi! »
Joignant le geste à la parole, Dugast empoigna le blouson de Morgan et s’apprêtait à le frapper. Morgan émailla un sourire sur son visage et regarda Elvan droit dans les yeux. Sa main droite le long du corps, il commençait à signer et sentait cette sensation agréable de la montée d’énergie que procurait la formulation de la Magie.
« _ Ecoute Dugast, tu me traites tout le temps de mutant alors que t’as jamais vu de quoi j’étais capable, tu sais simplement ce que t’as entendu ailleurs. Lâche-moi, où je vais te faire une demo personnalisée…
_Ah parce que tu crois que tu me fais peur morpion? Je vais te montrer va! »
Morgan finit ses signes et lâcha sa Magie. Elvan Dugast fut brutalement projeté dans les airs, il fit un vol plané de cinq ou six mètres et s’écrasa lourdement sur le sol. Il tenait encore à la main un morceau du blouson de Morgan qui s’était arraché lorsqu’il fut propulsé. Les benêts suiveurs du chef étaient estomaqués lorsque Morgan passa devant eux pour se diriger vers Dugast. Celui-ci se relevait difficilement, tout son côté gauche endolori, il pleurait, humiliation terrible pour le caïd du collège. Toute une gamme d’émotions passait tour à tour dans son regard, la rage, la peur, la haine, Il eut un mouvement de recul lorsqu’il se rendit compte que Morgan se dirigeait vers lui et hurla :
« _ Dégage! M’approche pas sale mutant! M’APPROCHE PAS!!
_ Eh ben alors? T’es dans ton seau? Tu trempes, Dugast? »
_ Monsieur Salaùn ! »
Morgan tourna la tête et vit le regard sévère de madame Le Gallo, la directrice du collège qui le toisait derrière ses petites lunettes en métal.
« _ Que se passe-t-il ici?
_ C’est Salaùn M’dame! Il a pété un boulon! Y veut m’faire du mal C’est une saleté de mutant! Y m’a envoyé valser sans m’toucher! » cracha Dugast.
« _ Mais vous avez perdu la tête monsieur Salaùn! Ce n’est déjà pas facile de gérer des gens tels que… Tels que vous! Mais si vous devenez agressifs je serai obligé de prévenir les autorités, vous m’entendez?
_ Mais M’dame La Directrice…
_ Ca suffit! Suivez-moi dans mon bureau, je vais convoquer vos parents. Les pauvres! Je ne voudrais pas être à leur place! »
Morgan était atterré, elle ne lui avait pas laissé une chance de s’expliquer! Il était un Magicien, alors bien sûr, il était obligatoirement le fautif. Ca n’était plus possible, il fallait qu’elle entende sa version.
« _ Attendez! M’dame, c’est pas ma faute. J’ai rien demandé moi, cet imbécile de Dugast passe son t…
_ J’ai dit, ça suffit!
_ Mais écoutez-moi, gast!
_ Ah parce que tu jures en plus? Bravo! Belle éducation! Tu vas me suivre immédiatement sale gosse! »
Madame Le Gallo, se pencha vers lui, l’attrapa par le bras et l’entraîna avec elle. Morgan signa et bouscula la directrice. Elle se retourna prête à lui crier dessus, mais il ne lui en laissa pas le temps, il claqua des doigts et les lunettes de madame Le Gallo furent éjectées de son visage et s’envolèrent. Il signa tout de suite derrière et la repoussa si violemment qu’elle finit sur les fesses. Elle était muette de stupéfaction (Il faut dire qu’elle aussi ne connaissait des Magiciens ce qu’elle avait pu en voir dans les médias). Morgan ne demanda pas son reste et s’enfuit à toutes jambes.
Il allait partir, loin, trés loin. Quitter Lorient. Il ne savait pas où il irait, mais il s’éloignerait de ses parents, de ce collège, de cette région qui ne lui avait apporté que tristesse et amertume depuis qu’il était devenu un Magicien. Oui, il était temps qu’il vole de ses propres ailes, quatorze ans c’était peut-être un peu jeune, mais il n’en supporterait pas d’avantage, si ça continuait il pourrait devenir beaucoup plus violent que ces quelques bousculades qu’il avait exécuté aujourd’hui.
Morgan traversa la rue devant le collège sans même regarder si une voiture arrivait. Le véhicule pila de justesse et le conducteur baissa sa vitre pour lui hurler dessus mais il ne l’entendit même pas, il était déjà loin. Naturellement il se dirigea vers le quai des Indes pour rejoindre son cher port de plaisance. Hors d’haleine, il se réfugia derrière une petite vedette en cale sèche pour rénovation afin de reprendre son souffle…
**Gast! Qu’est-ce que j’ai fait? Maman va me tuer! Mais pourquoi elle a pas voulu m’écouter cette vieille rombière?! Ils vont m’envoyer en pension c’est sûr! Ou dans un de ces instituts pour les « spéciaux » comme ils ont déjà montré à la télé !**
En effet depuis quelques mois, des institutions spécialisées avaient vu le jour où les parents dépassés par les évènements envoyaient leur progéniture magique afin qu’ils soient « guéris » quand ils en ressortiraient. Morgan n’osait pas penser aux méthodes employées pour arriver à un tel résultat. Lui savait qu’il n’était pas atteint d’un mal que l’on pouvait guérir, il savait qu’il était comme ça, comme s’il était né ainsi. Il était un Magicien et ça s’arrêtait là.
Il était entrain de fixer son blouson en lambeaux, il ne pouvait pas s’empêcher de sourire en pensant à la tête de Dugast quand il s’était senti soulevé et qu’il avait entamé son court vol d’initiation. Le trou béant dans le blouson le frigorifiait vraiment, il n’était pas du genre frileux, mais là, c’était vraiment trop froid et le crachin qui ne cessait pas n’arrangeait pas les choses. Il pensa rentrer chez lui pour se changer mais que dirait sa mère de le voir à la maison si tôt?
**Oh mais elle doit aller faire des courses ce matin! J’aurais bien une heure devant moi pour faire mon sac et… Et partir…**
Sa décision de partir n’était pas récente, cela faisait un moment qu’il y songeait mais il ne pensait pas que cela se passerait de cette manière. Et dire que tout ça c’était la faute de ce gros balourd de Dugast. Morgan ne savait pas s’il devait lui en vouloir ou au contraire le remercier d’avoir précipiter les choses ainsi, car peut-être n’aurait-il jamais eu le courage de rompre avec tout ce qu’il avait toujours connu.
Il se mit en route et en cherchant son sac au sol, il se rendit compte qu’il était resté au bas des marches dans la cour du collège. Il était hors de question d’y retourner le chercher. Serrant les haillons de son blousons au tour de lui, il se rendit vers la rue Olivier de Clisson où se trouvait l’appartement qu’il occupait avec ses parents, c’était à peine à cinq minutes du collège. Tout en marchant il fut pris d’une angoisse : Il était clair que la directrice avait dû appeler sa mère, elle n’irait pas faire de courses ce matin, mais avec un peu de chance elle irait au collège pour s’expliquer avec madame Le Gallo. Il changea alors d’itinéraire et préféra arriver par le chemin le plus long étant presque sûr que sa mère passerait certainement par les boulevards du Maréchal Joffre et Philippe Leclerc, elle n’était pas trés douée pour se repérer dans la ville, bien qu’elle y habitât depuis de nombreuses années maintenant, elle s’arrangeait toujours pour prendre le chemin le plus simple dans son idée même si ce n’était pas toujours le plus court. Morgan décida donc de passer totalement à l’opposé et prit par la rue de la Patrie, rue de Liège et rue du Couedic.
Une fois engagé dans la rue Olivier Clisson, il marcha sur le trottoir opposé de celui de son appartement, sur le qui-vive, prêt à se cacher derrière une voiture au moment ou il verrait sa mère. Il fut bientôt devant le numéro 88 et décida d’attendre un petit moment, il ne s’agissait pas de croiser sa mère dans l’escalier. Il se rencogna sous le porche d’un immeuble un peu avant le sien et resta là, faisant mine de s’abriter de la pluie, mais ne quittant pas l’entrée de son propre immeuble des yeux. Grand bien lui prit d’être si prudent, au bout de quelques minutes il vit sa mère sortir et ouvrir un parapluie, un air plus que sévère sur le visage. D’où il était, Morgan croyait même déceler de la déception, ce qui le surprit un peu puisqu’il pensait que ses parents n’attendaient pas grand chose de lui. Ceci le déstabilisa un peu, il n’était plus aussi sûr de sa décision de partir tout à coup, des larmes lui montaient aux yeux, la plus grande confusion l’envahissait. Sa mère prit à droite en direction du boulevard Joffre comme il s’y était attendu. Il resta un moment pelotonné contre le porche, ne sachant plus trop quoi faire. Puis tout ce qu’il avait subi depuis dix ans, le regard suspicieux de tous ces gens à son encontre et même de ses propres parents lui redonna ce courage qui l’avait quitté un bref instant. Morgan traversa la rue et trottina rapidement vers l’entrée de son immeuble.

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