Tais-Toi Donc !

Le Blog de Shotaro

23 janvier 2010

Elle souffla plusieurs fois de suite pour se calmer et entreprit de se changer pour la nuit.
Trois petits coups discrets résonnèrent sur la porte et David invita Cameron à entrer. Il découvrit sa jolie collègue habillée d’un t-shirt beige et d’un panta-court blanc cassé, elle tenait son sac contre elle comme un ultime rempart à l’intimité qu’ils allaient être obligés de partager dans le même lit cette nuit. Son caractère bien trempé refit surface d’un coup et asséna brusquement au jeune caméraman :
« - Je prends la place de droite et ne t’avise pas d’avoir les mains baladeuses sinon je te les coupe !
- Les mains ? fit David avec un petit rire.
Cameron lui lança un regard noir qui figea le sourire de David. Elle alla vers le lit, le défit et s’y installa. Elle remonta la couverture jusqu’au cou et ferma les yeux. Elle les rouvrit en entendant David rire à gorge déployée. Il la regardait goguenard en lui mimant la scène en simulant une couverture sous son menton les yeux fermés et en faisant la moue.et il se remit à rire. Cameron sourit puis éclata de rire face au ridicule de la situation.
- Allé viens te coucher espèce de gamin ! Mais mes mises en garde restent valables, fit-elle
David rejoint Cameron sous la couette et ils restèrent immobiles pendant un long moment. David  se retourna sur le côté puis s’endormit rapidement, alors que Cameron, elle, était trop excité de sa journée, avoir rencontré Etienne Florentin, que celui-ci ait accepté l’interview, tout cela était trop beau pour être vrai et tout ceci tournait dans son esprit. Un bon moment après, elle s’endormit à son tour sans s’en rendre compte.

David ouvrit les yeux, la lumière emplissait déjà la chambre, il n’aurait pas su dire quelle heure il était, l’aube apparaissant très tôt ici. Il prit pied dans la réalité au fur et à mesure qu’il se réveillait, il n’avait pas encore bougé. Il était sur le côté, tourné vers Cameron dont la respiration calme et profonde apportait une sérénité surréaliste dans la pièce. Il observait la petite brunette qui dormait juste à côté de lui quand il prit conscience qu’il avait sa main droite sur elle, sur son ventre précisément et sous le t-shirt pour couronner le tout ! Il retira doucement sa main baladeuse en priant que Cameron ne se réveille pas pendant l’opération sous peine de devoir expliquer quelque chose qu’il avait fait sans en avoir conscience durant son sommeil. Il récupéra sa main sans encombre non sans un petit pincement au cœur, il avait trouvé ça bien agréable quand même… Il entreprit de se rendre à la cuisine afin de préparer du café pour tout le monde, il pouvait bien faire ça pour Etienne. Et pour Cameron… Il quitta la chambre et dans le couloir il jeta un œil à sa montre : Il était six heures et quart. C’était ça, David avait dormi cinq heures, ca lui suffisait, il pouvait être très fatigué ou pas, il dormait entre quatre et six heures, jamais plus. Alors qu’il descendait les escaliers, une délicieuse odeur de café vint lui chatouiller les narines et en s’approchant du bar de la cuisine américaine, il découvrit Etienne entrain de faire des toasts, patientant que le grille-pain lui rende les tartines qu’il y avait mis.
- Vous êtes bien matinal, mon jeune ami, fit Etienne sans détourner le regard du grille-pain.
- Vous en êtes un autre, Etienne, répondit David le sourire aux lèvres.
- Avez-vous bien dormi ? Ici au moins, on est au calme, pas de voisins bruyants qui tapent dans les murs, parfois des coyotes qui hurlent à la Lune, mais c’est tout.
- Comme un bébé ! Je suis en pleine forme !
- Vous m’en voyez ravi ! La cohabitation s’est bien passée ? fit le vieil homme avec un petit sourire.
- Oui, oui ! Impeccable, elle ne ronfle pas si fort en fin de compte, plaisanta David
Etienne éclata de rire en récupérant le pain grillé qui avait jailli de l’appareil et le mit dans une assiette qu’il posa sur le bar. Il servit un café au jeune homme, alla chercher une bouteille de jus d’orange dans le réfrigérateur et leur servit un grand verre chacun. Sur le bar s’étalait les ingrédients d’un copieux petit déjeuner et Etienne en fit le tour pour venir s’asseoir à côté de David et les deux hommes mangèrent en parlant de tout et de rien. Ils passèrent ainsi une demi-heure, David expliquant des choses sur son métier, Etienne expliquant pour quelles raisons il était venu si loin de la cohue urbaine. Vers sept heures Etienne prépara un plateau avec café, pain grillé, jus de fruit, beurre, confiture et le confia à David pour que celui-ci aille réveiller « Mademoiselle La Reporter » lui fit-il avec un clin d’œil.
- Hmm… Elle ne va plus se sentir si on la traite comme une princesse, vous savez ? observa David
- Ah mais pour ma part, je ne la traite de rien, mon jeune ami, c’est vous qui allez lui monter son plateau, pas moi ! répondit Etienne en se dirigeant vers la porte pour aller prendre l’air sur la petite terrasse du devant de la maison.
David resta seul, le plateau sur les bras, il était resté le regard fixé sur la porte par laquelle était sorti le vieil homme. Il baissa les yeux vers le contenu du plateau, songeur, puis il haussa les épaules et monta les escaliers.
David tapota à la porte de la chambre et ne reçut aucune réponse. Il entra, sa collègue dormait toujours, il pouvait entendre sa légère respiration. Il se débarrassa du plateau sur la petite table de nuit en bois laqué noir puis il s’assit sur le bord du lit et resta un moment à regarder Cameron. Sans les défenses qu’elle avait l’habitude de maintenir quand elle était éveillée, elle lui apparaissait ici comme une petite fille, si douce, si fraîche.et si fragile. David ne savait pas très bien comment s’y prendre pour la réveiller, il avait peur de lui faire peur ou tout au moins de la surprendre. Il tendit la main pour lui caresser les cheveux et finit son mouvement sur sa joue. Cameron bougea légèrement et David l’appela doucement par son prénom, il avait toujours la main sur sa joue, elle ouvrit les yeux et son regard se planta tout de suite dans celui de David.
- Hello ! lui fit-il simplement avec un sourire timide.
- Hello… lui répondit-elle aussi simplement.
Il récupéra sa main et lui annonça qu’il lui amenait le petit déjeuner il attrapa le plateau et lui présenta. Elle se mit en position assise et il lui posa le copieux petit déjeuner sur les genoux. Il lui servit un café et un verre de jus d’orange puis il resta là, simplement à la regarder pendant qu’elle détaillait ce qui se trouvait sur le plateau.
- C’est très gentil
- Je t’en prie, répondit David.
- Tu diras merci à Etienne, lança-t-elle au jeune homme sans le regarder.
David sourit, sa jeune amie gardait toute sa capacité d’analyse, même au saut du lit ; Elle était redoutable. David annonça qu’il allait faire sa toilette mais Cameron l’attrapa par le bras et lui demanda de rester un moment. Il se rassit et se mirent à discuter, tranquillement, gentiment, calmement, pas de chamailleries, pas de mises en boîte, pas de pics.
Etienne s’était assis dans un vieux fauteuil à bascule en bois et regardait le paysage. Il adorait se poser comme ça, le matin, et ne devenir pour quelques minutes que le spectateur du monde, s’en extraire littéralement. Dans ces moments il ne pensait à rien et ne faisait qu’écouter le vent, sentir le soleil sur sa peau mais ce matin, c’était différents, il se demandait si les deux jeunes gens au premier étage avaient arrêté de se mettre en opposition, comportement qui le laissait pensif. Ce genre de séduction le laissait perplexe, ces deux là se plaisaient, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure, il l’avait perçu très vite quand ils étaient arrivés hier après-midi mais il semblait que  seuls eux-mêmes ne s’en rendaient pas compte. Il resta, là, assis, tranquille et rassuré d’avoir fait un choix aussi judicieux en acceptant la demande d’interview de mademoiselle Cameron Hattaway, il avait développé une confiance en elle, il la sentait intègre et, le plus important, passionnée.
Etienne se leva au bout d’une vingtaine de minutes et rentra dans la maison, il comptait préparer le repas pour ce midi. Quand il fut dans le salon, Cameron était entrain de descendre les escaliers, ramenant le plateau du petit déjeuner, ils se saluèrent. Cameron posa son fardeau sur le bar de la cuisine et grimpa sur un des tabourets, l’homme passa de l’autre côté et se planta en face d’elle, son visage affichant un sourire tendre à l’attention de la jeune femme.
- Etienne… commença-t-elle.
- Oui, ma jeune amie ? fit il.
Elle lui attrapa les mains et les serra entre les siennes.
- Merci !
Elle avait prononcé ce mot à la limite de l’audible et Etienne lui fit un grand sourire et lui caressa la joue.
- Mais de rien, mon enfant.

Plus tard, David et Cameron tous frais lavés, s’affairèrent à remettre en place le plateau, le jeune technicien mettant sous tension tout le matériel, quant à la journaliste, elle vérifia ce qui avait été abordé la veille pour sa part et avisa de ce qu’elle comptait demander à Etienne d’aborder ce matin. Le héros de l’histoire pour sa part, avait terminé la préparation du repas pour le midi et s’affairait à la vaisselle. Bientôt tout était prêt, Cameron et Etienne regagnèrent leur place respective, David fit le décompte et lança l’interview.

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