Tais-Toi Donc !

Le Blog de Shotaro

22 janvier 2010
Quand on fait de la BD le but qu’on cherche à atteindre au-delà de l’amélioration croissante de son dessin, c’est la publication auprès d’un éditeur. Hors, comme dans beaucoup de domaines, il y a des règles à suivre afin de mettre toutes les chances de son côté ne serait-ce que pour être lu. Nous allons voir ici ce qu’il est de bon ton de mettre (ET de ne pas mettre) dans un dossier que l’on souhaite envoyer à un éditeur.

Avant-Propos

Ce qu’il faut bien savoir avant toute chose quand on monte un dossier éditeurs c’est que si jamais on en intéresse un, ce n’est pas obligatoirement pour publier notre propre BD. Eh oui ! A moins d’envoyer la BD ultime, jamais vue au potentiel de ventes faramineux (Et ne nous voilons pas la face, notre BD est bien la meilleure à nos yeux, n’est-ce-pas ? Wink ), il se peut que l’éditeur nous réponde intéressé par notre travail mais pour effectuer une BD de commande et non pas pour publier notre chef-d’oeuvre. Pis encore, si vous travaillez en collaboration avec un scénariste et un coloriste, il se peut même que l’éditeur soit intéressé par le coloriste uniquement pour mettre en couleur un album qu’il a déjà sous le coude ! Tout ceci n’est peut-être que pointer des évidences mais il est bien de l’avoir à l’esprit quand on envoie son dossier.
A contrario, si vous êtes l’auteur de toute votre BD (scénar, dessins et colo), vous intéresserez peut-être l’éditeur uniquement en tant que scénariste… Bref ! Publier sa BD est le but ultime de notre démarche mais il faut savoir que ça n’est pas nécessairement celui de l’éditeur au départ.

Les Pré-Requis

Si vous n’êtes pas trop naïf, vous vous doutez bien que les éditeurs reçoivent beaucoup de dossiers de jeunes loups de la bande dessinée aussi faut-il mettre toutes les chances de son côté afin de ne pas passer à la trappe pendant la lecture du dit dossier.
Il faut par exemple choisir ses éditeurs en fonction du type de BD que l’on fait. Inutile d’envoyer son dossier à Gallimard Jeunesse si notre BD est plutôt orientée dans une histoire mature/violente/erotique etc. Ca ne servirait à rien et il est certain que l’éditeur ne sera pas intéressé (Et pour cause !). Il faut donc bien connaître les éditeurs, leurs différentes collections et thématiques (notamment chez les gros) et savoir s’ils ont une collection susceptible d’accueillir notre chère BD (Ou tout au moins notre style de dessin, de narration voire de colo).
Inutile d’avoir sa BD terminée et de l’envoyer intégralement. Plus un dossier est efficace, c’est à dire simple, concis et clair, plus il sera rapide à évaluer par le directeur de collection ou le comité de lecture et plus vous aurez une réponse rapidement (à priori).

Comme je le disais dans l’avant-propos, il faut également tenir compte du fait des besoins éventuels de l’éditeur. Si vous êtes meilleur en scénario/storyboard qu’en réalisation d’une BD complète, axez votre dossier sur cet aspect, en effet, le but avant tout n’est pas de publier votre BD (enfin, si, bien sûr que si) mais de mettre un pied dans ce milieu relativement fermé qu’est l’édition en général. Il me semble que les scénaristes et les coloristes sont souvent plus recherchés que les dessinateurs (en général, hein). Une bonne histoire accroche mieux le lecteur avec des dessins « limites » qu’une BD aux graphismes somptueux et à l’histoire insipide. Alors je sais, tout ça peut refroidir sur le coup, mais entendons-nous bien, c’est ce qui peut se passer éventuellement, peut-être votre BD intéressera-t-elle l’éditeur et qu’il souhaitera l’éditer directement ? Mais au moins maintenant, vous savez que ce n’est pas systématique et qu’il vous faudra peut-être faire vos classes (C’est ni plus ni moins ça d’ailleurs).

Le Dossier

Alors ? Qu’est-ce qu’on y met dans ce foutu dossier pour finir ?
Il faut en mettre suffisamment pour montrer l’étendue de votre palette de talents mais il faut aussi ne pas inonder le directeur de collection sous l’intégralité du storyboard, les recherches graphiques, les essais couleur, les planches crayonnées, noir et blanc et mises en couleur, ça serait beaucoup trop !

Très souvent aujourd’hui, les gros éditeurs expliquent ce qu’il attendent dans un dossier sur leur site internet et si ce n’est pas le cas, il y a toujours un mail de contact pour demander précisément comment monter un dossier. Toutefois, nous allons voir les généralités, les incontournables d’un dossier bien fait.

Méthode d’approche

On prend rendez-vous ? On appelle ? On balance tout par mail ? On utilise cette bonne vieille poste en priant qu’ils ne perdent pas l’enveloppe ?

Généralement, pour un premier contact, d’autant plus lorsqu’on n’a jamais été publié, le mieux est d’envoyer son dossier par la poste en lettre ordinaire, voire avec suivie informatique pour savoir s’ils l’ont bien reçu. Évitez les recommandés et tout ce qui nécessite une signature, ça ne vous apportera rien de plus et ça vous coûtera plus cher pour rien.
Ne cherchez pas à obtenir un rendez-vous live par mail/téléphone ou pigeon voyageur, de toute manière vous ne l’obtiendrez pas. Vous imaginez si les directeurs de collection devaient rencontrer tous les auteurs qui tentent leur chance ? Ils passeraient plus de temps à ça (voire l’intégralité) qu’à gérer leur collection. Donc, oui, il faut être patient et attendre une réponse après l’envoi de son dossier par voie postale. Pour le coup cette réponse peut-être par mail, téléphone ou courrier selon les moyens de vous contacter que vous aurez indiqués dans votre dossier. Si vous recevez un coup de fil ou un mail ça sent plutôt bon, un refus sera plutôt par courrier postal (si toutefois il y en a un d’envoyé !).

La réponse peut mettre du temps à vous revenir (jusqu’à plus de deux mois !), alors il faut s’armer de patience et choisir son moment pour envoyer son dossier aussi. En effet, si vous avez taffé comme un malade sur votre projet pendant les vacances d’été et que vous envoyez votre dossier début septembre, il va certainement mettre plus de temps à être examiné, septembre étant « la rentrée littéraire » et les directeurs de collections ayant certainement d’autres chats à fouetter à ce moment. Idem pour les temps forts de la BD que peuvent être Angoulême (courant janvier, juste derrière Noël en plus de ça) ou le salon du livre (courant mars (à vérifier)).

Contenu du dossier

Tout d’abord un contenu introductif, présentant votre projet dans les grandes lignes. N’hésitez pas à être explicite (sur le contenu et pas à quel public vous le destinez, ça c’est le job du directeur de collection).

  • Un très court synopsis de votre projet. Bref un très très gros résumé de votre histoire. Par exemple, avec une série de bouquins que la plupart connait :
    Citation:
    Harry Potter un adolescent de 12 ans élevé par son oncle et sa tante se découvre être magicien et va intégrer l’école de magie Poudlard. Il va faire nombre de découvertes à propos de ses parents et des membres de sa famille tout au long de sa scolarité et comprendre comment ses parents sont morts ainsi qu’affronter leur meurtrier, Voldemort.

    Voilà, j’ai résumé la saga Harry Potter qui a 6 tomes en quatre lignes. C’est impératif pour présenter de manière synthétique le contenu de votre projet. Ici on sait que la gamin est magicien, que ses parents sont morts et qu’il va avoir un ennemi. On sait dans quel genre ça va évoluer. Dans le cas, comme ici, ou le projet va contenir plusieurs tomes, il faut également que vous annonciez le nombre de tome bien entendu dans la présentation du dossier.

  • De la même manière que vous avez fait un court synopsis de la saga, vous devez en faire un du premier tome. Vous pouvez ici vous étaler un peu plus, mais pas trop ! Ca doit rester un gros résumé de l’histoire, ne l’oubliez pas !
    Citation:
    Harry Potter, un jeune garçon de 12 ans élevé et détesté par son oncle et sa tante n’a pas une vie rose. Un jour, il reçoit une missive, c’est sa convocation à la rentrée scolaire de l’école de magie de Poudlard. Il intègre donc cette étrange école régie par les codes de la Magie et dirigée par Albus Dumbledore. Il y fera la connaissance d’Hermione et de Ron avec qui il se liera d’amitié. Tout en suivant les cours et se découvrant de grands pouvoirs de magicien, il en apprendra plus sur ses origines, sur ses parents et il vivra sa première confrontation avec « Celui dont on ne doit pas prononcer le nom », Voldemort, l’auteur de la cicatrice qu’il a au front et le meurtrier de ses parents.

    Voilà, ici on sait à peu près ce qui va se passer dans le premier tome (Bon j’ai certainement oublié des passages clefs, mais je ne suis pas un expert de Harry Potter, vous m’excuserez, c’est pour l’exemple Wink ), on introduit des personnages importants qu’on retrouvera par la suite etc. Prenez bien le temps d’écrire votre synopsis, mettez-vous dans la peau de quelqu’un qui ne connait pas votre histoire et essayez de lui donner envie d’en savoir plus. Faire un bon synopsis est un art en soi Smile

  • Bien sûr, il vous faut joindre des planches. Uniquement des photocopies, jamais les originaux ! Inutile d’envoyer la BD complète, 5 ou 6 pages lettrées suffisent (10 grand maximum). Encore une fois, une petite astuce, débrouillez-vous pour que la dernière page soit à un point culminant d’un climax sans en donner le dénouement afin d’aiguiser la curiosité du lecteur. De plus, mettez le début de l’histoire, pas un extrait en plein milieu. Les lecteurs des maisons d’édition sont habitués et sauront se faire une idée avec les seules quelques pages que vous aurez envoyées.
    Noir et blanc ou couleur ? Ca peut paraître bizarre mais noir et blanc (enfin pas si bizarre, vous allez comprendre). Rien ne vous empêche de fournir les versions couleur d’une ou deux planches de votre extrait histoire de montrer un peu mieux l’ambiance de votre BD mais de toute manière, le noir et blanc est impératif (Eh oui, difficile de cacher les défauts d’un dessin en n&b ^^). Comme je le disais plus haut, l’éditeur s’il cherche ou s’il retient une BD, il peut tout aussi bien la faire mettre en couleur par une autre personne que vous, jugeant que votre mise en couleur n’est pas adaptée, pas suffisamment maîtrisée etc.(Avec votre consentement bien sûr) Bref ! Il faut montrer votre BD nue (et ça vous coûtera moins cher en photocopies ^^).
  • Si vous avez réalisé un storyboard de votre histoire, vous pouvez en joindre une copie au dossier, afin que le lecteur ait une idée de la manière dont vous mettrez en scène la suite de votre histoire. Le storyboard doit être relativement propre et lisible afin qu’il ait une réelle nécessité. Il n’est aucunement impératif dans le dossier, c’est un plus et une mise en perspective du développement de votre histoire.
  • Des études et croquis des personnages principaux. Cela permet au lecteur de savoir si vous les maitrisez bien et si la BD n’est pas encore entièrement réalisée, si vous pourrez tenir une certaine homogénéité graphique, d’autant plus si vous présentez un projet de plusieurs tomes. N’hésitez pas à présenter ces études comme des petites fiches signalétiques décrivant le caractère du personnage, ses particularités etc. et bien sûr des croquis.

Conclusion

Voilà quelques pistes pour bien monter un dossier. Pour écrire cet article je me suis appuyé sur ce qu’attend Glénat d’un dossier mais la règle dans la réalisation d’un dossier c’est qu’il n’y a pas vraiment de règles pour finir. Chaque éditeur préconise des éléments qu’il attend dans un dossier aussi, avant de monter votre dossier, allez voir sur le site internet de chaque éditeur ce qu’il en attend. Toutefois, en faisant une synthèse de ce que chacun préconise, vous pouvez monter un bon dossier qui pourra être envoyé identiquement à tous. Par exemple chez Delcourt, ils ne sont pas contre un synopsis plus développé que ce que j’ai dit ici, eh bien faites-en un un peu plus développé, mais ne partez pas dans le roman ^^. Bref ! Je vous ai mis ici les essentiels à fournir de base dans un dossier, mais il faut vous débrouiller de toute manière pour sortir du lot, par votre BD certes, mais aussi par votre dossier, c’est comme un examen ou un entretien d’embauche (et d’ailleurs pour ce dernier, ça l’est !). J’espère que cet article vous aura aidé et donner des pistes sur la manière de monter un dossier éditeur.

Si vous avez déjà vécu cette expérience, n’hésitez pas à la partager à la suite de ce post !

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